Il me reste encore un bon nombre de lectures estivales non chroniquées, mais je ne peux résister au plaisir de partager avec vous l'un de mes derniers coups de coeur...

Aurélien de Louis Aragon
Folio - 640p

Aurélien

Dans cette chronique parisienne de l'entre-deux guerres, Aragon décrit la toute nouvelle société surréaliste. Aurélien, jeune homme sensible et oisif, fréquente les salons parisiens d'avant-garde, y côtoie les poètes, les actrices, les peintres qui ne sont autres que Picabia ou Cocteau. Au sein de ce microcosme insouciant et sans entraves, un amour irrésistible mais inavoué naît entre Aurélien et Bérénice, une jeune provinciale venue à Paris pour quelques jours. Malgré la séparation, leur passion ne se démentira pas malgré le temps et la distance qui les auront transformés tous deux. Dans ce roman, c'est Aragon poète que l'on retrouve, "le fou d'Elsa" laissant sa plume courir au gré d'un lyrisme profond et sobre inspiré par l'amour (voir Les Yeux d'Elsa). Il a d'ailleurs bien volontiers reconnu la présence d'éléments autobiographiques dans son oeuvre, lui qui pourtant avouait : "L'art du roman, c'est de savoir mentir." Quel plus noble et plus délicieux mensonge que ce roman d'amour ? [Amazon.fr]

Waouh!
Je suis ressortie de cette lecture totalement bouleversée, avec comme un vide, un creux au ventre. Une rage. Quelle idée d'écrire de tels romans... Bon sang! Cela devrait être interdit....

...et pourtant! je ne regrette absolument pas cette lecture, malgré le spleen qui m'a envahie ensuite, une fois la dernière ligne savourée. C'est l'histoire d'un amour, l'histoire d'un échec, presque un cri d'amertume. Un récit profondément ancré dans son époque, l'antre deux-guerre. On pénétre au coeur d'une société blasée, déboussolée par 4 années de guerre. Une société meurtrie qui s'étourdit, qui vit de plaisir superficiels, illusoirs.  Au milieu de cet univers décadent, il y a Aurélien et Bérénice.

Lui, c'est un beau jeune homme, grand séducteur, qui accumule les conquêtes et les aventures. C'est aussi un homme brisé par la guerre, qui s'efforce d'oublier sans y parvenir.
Elle, c'est une jeune provinciale, mariée à un pharmacien, qui vient passer quelques jours à Paris. Malgré son existance sans histoire, Bérénice est habitée par un "goût de l'absolu".
Barbentane, ami de l'un et beau-frère de l'autre va les présenter lors d'une soirée. Une rencontre qui n'est pas du tout le fruit du hasard. C'est en vérité un jeu diverstissant, organisée par leurs "amis", qui tentent de faire démarer une relation intime entre nos deux protagonistes. Peine perdu : Aurélien n'est absolument pas séduit par cette jeune femme un peu coincée :" La première fois qu' Aurélien vit Bérénice, il la trouva franchement laide. Elle lui déplût enfin." (incipit du roman).

Seulement voilà...Cette sois-disant répulsion de tarde pas à se changer en fascination. Lors d'une autre soirée, à un "dancing", Aurélien redécouvre Bérénice. Une Bérénice nouvelle, mystérieuse et envoûtante. Il lui prend la main, l'invite à danser...
... et cela marque le début d'une longue passion. L'amour réunit ces deux êtres un peu paumés, un amour absolu, très pur. Ils se retrouvent loin des mondanités, dans les coins populaires de Paris, unis seulement par les mots: Bérénice se dérobe, refuse de se donner complétement.

Cependant les circonstances séparent le couple. Ils vont s'aimer encore pendant vingt ans, sans jamais se revoir, jusqu'en 1940. Une rencontre tellement attendue, espérée, tant par les héros que par le lecteur...

Je ne vous en dis pas plus, je vous laisse le plaisir de la découverte. J'avoue, j'ai eu un peu de mal à m'habituer au style d'Aragon. Néanmoins, les premières pages passées, l'alchimie s'est réalisée, et j'ai vraiment apprécié ce style moderne, haché et fluide à la fois, poétique et cruel. L'histoire m'a emportée, j'ai souffert avec les personnages. Ce roman, pour moi, évoque incontestablement Balzac ou Zola, de part son côté pessimiste...avec un style d'écriture totalement différent, par contre.

Bref, j'ai adoré ce récit, l'un de ceux que l'on quitte vidé d'énergie, encore plein d'émotion.