Qu'importe le livre, pourvu qu'on ait livr'esse...

Qui a dit que la lecture était un plaisir foncièrement solitaire?

dimanche 23 septembre 2007

La Mer...

Je sais, je sais, je suis très peu présente ces derniers temps... Problèmes de santé, fin des vacances... Bref, peu de temps pour rédiger des billets convenables. Bon, ça ne veut pas dire que je vous oublie, j'ai plusieurs idées d'articles, et je vais fréquement vous rendre visite chez vous ;)

Enfin voilà, ce soir je vous propose un petit billet salé, au parfum d'embruns...

Les Travailleurs de la Mer de Victor Hugo
Folio classiques - 630p


Gros temps, la Durande - Vixtor Hugo, dessin des Travailleurs de la Mer

Lethierry, armateur sur les côtes de la Manche, vient de doter d'un moteur à vapeur l'un des premiers bateaux qui relient Saint-Malo à Guernesey, La Durande. Mais le navire s'échoue en raison de la jalousie des marins locaux. Qui va aller rechercher le moteur ? Gilliat, un pêcheur solitaire, sauvage, rejeté par tous et amoureux de Déruchette, la fille de l'armateur, se propose car Lethierry lui offre la main de cette dernière. Commence alors une véritable lutte contre la mer et contre ceux qui la peuplent...

Allergiques au style Hugolien? Passez votre tour, ce roman n'est pas pour vous.

Hugo est en effet fidèle à lui-même et déploie pompeusement sa prose riche et complexe, noie le lecteur sous ses connaissances, et use et abuse des anthitèses et autres oxymores. Qu'importe, c'est pour ça que je l'aime. Pour ça, et aussi pour sa capacité à créer des personnages hors du commun, puissants, tourmentés, attachants. Pour sa facilité à envoûter le lecteur, malgré des descriptions apparement interminables. Pour ses touches d'humour noir, qui amusent quand on ne s'y attend pas. Pour sa vision de la mer, son alliance du sublime et du grotesque, sa fatalité.

Cependant, je l'avoue: ce roman n'égale pas, pour moi, le baroque Homme qui Rit. Les Travailleurs de la Mer est une belle lecture, mais pas l'une des meilleurs chez cet auteur; à lire tout de même pour ceux qui apprécient Hugo.

Pécheur d'Islande de Pierre Loti11
Editions France Loisirs - 230p

Entre Gaud, fille d'un gros commerçant de Paimpol, et Yann, le pêcheur, il y a bien des obstacles : la différence des conditions et des fortunes, bien sûr ; mais aussi la timidité farouche du jeune homme, de ceux qu'on nomme les " Islandais " parce que, chaque année, leurs bateaux affrontent, durant des semaines, les tempêtes et les dangers de la mer du Nord. C'est l'histoire d'un amour longtemps jugé impossible que nous conte ce roman, publié en 1886, et depuis lors redécouvert et admiré par plusieurs générations. Mais c'est surtout un grand drame de la mer, et l'une des expressions les plus abouties de ce thème éternel. Marin lui-même, Pierre Loti y déploie une poésie puissante, saisissante de vérité, pour dépeindre la rude vie des pêcheurs, l'âpre solitude des landes bretonnes, le départ des barques, la présence fascinante et menaçante de l'Océan.

Encore un roman bouleversant, de ceux qui nous laissent dans le spleen, vidé.

Pierre Loti instaure son ambiance tout doucement, à l'aide de mots choisis, de phrases ciselées. Style fluide, envoûtant, épuré même, et pourtant ô combien évocateur. Je me suis immergée dans cette histoire, bercée par la poésie qui s'en dégage.

Une poésie qui devient parfois cruelle, quand l'héroïne, fascinante et omniprésente, reprend ses droits. L'héroïne, c'est la Mer, une maîtresse tyrannique et jalouse. Les autres personnages gravitent autour d'elle: Gaud, Yann, Sylvestre ( le frère de Gaud), et quelques autres, qui vivent pour et par la mer. J'ai été très touchée par cette histoire, par ces personnages, profonds et mystérieux. J'en suis ressortie un peu différente, émue aux larmes.

Vous l'aurez compris, si vous n'avez pas lu ce chef d'oeuvre injustement oublié, foncez ! Et j'espère que comme moi, vous serez conquis par ce magnifique roman, à la fois pudique et puissant.


Vous voulez d'autres lectures "marines"?
Quelques suggestions:
- L'Ancre des Rêves de Gaëlle Nohant (FABULEUX) [
la critique de Fashion]
- Captain Blood de Sabatini et
Moonfleet de Falkner (sans oublier L'Ile au trésor de Stevenson)
- dans une moindre mesure : La Chaîne d'amour de Daphné du Maurier, Les Aventuriers de la Mer de Robin Hobb, L'Ame Noire de Liam O'Flaherty
- et j'en oublie sûrement !

Posté par Morwenna06 à 17:56 - Romans français XIXème et antérieur - Commentaires [13] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

mercredi 30 mai 2007

Une journée épistolaire

Vingt-quatre heures d'une femme sensible de Constance de Salm 11
Editions Phébus - 190p

Vingt-quatre heures d'une femme sensible

# 4ème de couverture #

Véritable petit bijou, ce roman épistolaire publiée en 1824 se présente comme une variation sur la jalousie et ses affres. Confrontée à l'image obsédante de son amant disparaissant dans la calèche d'une autre beauté au sortir de l'opéra, notre héroïne tente de comprendre et de calmer les milles émotions qui l'assaillent. Au cours d'une nuit d'insomnie et d'une journée perdue à guetter un signe de celui qui -semble-t-il vient de la trahir, elle ne trouve d'autre consolation que de lui écrire. Quarante-quatre lettres pour dire vingt-quatre heures de fièvres, de doutes et de désespoir.
Cet unique roman de roman Constance de Salm bouleversera tous les amoureux de Stefan Zweig et de Marcelle Sauvageot. Poétesse et dramaturge, celle que l'on surnommait " la muse de la Raison " défendit ardemment la cause féminine et tint un brillant salon littéraire, ou se côtoyèrent Alexandre Dumas fils, Paul Louis Courier, Stendhal et Houdon.

# Mon Avis #

Dur de trouver les mots pour parler de ce roman. Il est qualifié de "petit bijou" par les éditions Phébus. Marketing? Publicité mensongére? Non...du moins, pas de mon point de vue.

Pourquoi?  Parce que. Lisez le c'est tout. C'est trop court? Bon, tentons une justification:
Parce que c'est un roman unique, terriblement vrai. Criant de vérité. Un torrent d'émotions.
Constance de Salm a réussi à faire un roman sur l'amour, l'angoisse, l'espoir parfois, la jalousie, sans tomber dans la miévrerie. Oui c'est lyrique, oui c'est passionné. Mais c'est aussi tellement beau, tellement nous... En très peu de page, l'héroïne m'a touché, émue. 
Quant au style, rien à dire. Il est magnifique, ciselé, vivant.

Pour finir, merci mille fois à Clarabel et Lilly pour leurs superbes billets qui m'ont donnés envie de lire ce roman...Je vous conseille d'aller y jeter un p'tit coup d'oeil, leurs critiques rendent mieux justice à ce roman que la mienne ;-)

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samedi 26 mai 2007

les romances du XIXème

La Grande Marnière de Georges Ohnet
Paul Ollendorff éditeur [édition de 1889 !!!] - 454p

# Résumé #

Le jeune Pascal Caravajan, avocat de talent, rentre dans sa ville natale après plusieurs années d'absence. Egaré, il demande sa route à une charmante amazone. La jeune fille le renseigne et l'accompagne pendant une demi-heure, au cours de laquelle Pascal tombe sous son charme. Au moment de la quitter, il lui demande son nom. Malheur!Elle se révèle être Mlle de Clairefond, la fille de l'ennemi juré de son père. De retour chez lui, le jeune homme se rend compte que la brouille est loin d'être apaisée; au contraire, son père formente de sombres complots... Comment évoluera cette querelle? De quel côté se rangera Pascal quand le malheur frappera de plein fouet la famille de Clairefond?

# Mon Avis #

Au départ, je souhaitais me procurer Le Maître de Forges du même auteur, dont j'avais lu des critiques sur la forum the Inn at Lambton et sur le blog de Clélie. Cependant, impossible de le trouver...J'ai fini par dénicher celui-ci, en excellent état malgré son grand âge [Mazette! 118 ans quand même!]

Je ne vous cacherais pas que c'est surtout un roman sentimental, "populaire". Georges Ohnet, aujourd'hui totalement oublié, connu à son époque un énorme succès auprès des lecteurs [lectrices ?], et des ventes très importantes. Il fut cependant très vivement critiqué par ses contemporains littéraires - écrivains ou amateur de "grande littérature" - qui qualifiait son oeuvre de "banale", mélo.
[comment ça cela vous rappelle quelqu'un?]

Qu'est ce que j'en pense, moi, lectrice du XXIème siècle?
J'avoue: j'ai aimé. Mieux: j'ai dévoré. Que voulez vous, en ne se refait pas: cette histoire à plu à mon p'tit côté fleur bleue. Bon, je reste lucide quand même, hein. La fin fut éventée dès les premières lignes [même avec mon résumé minable vous devriez y arriver sans problème ^^]. Certains retournements étaient franchement prévisibles.
Néanmoins, l'intrigue est plaisante, avec - un peu - de suspense. Les personnages plutôt attachants, bien que niveau profondeur et complexité du caractère, il y a des progrés à faire. Quant au style, sans être exceptionnel, il s'avère tout à fait agréable et étonnament moderne.

Bref, un lecture divertissante. En un mot: oubliez Lévy, changez pour Ohnet!

Posté par Morwenna06 à 11:58 - Romans français XIXème et antérieur - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

jeudi 17 mai 2007

Quand le scandale se fait épistolaire...

Les Liaisons dangereuses de Pierre Choderlos de Laclos 11
Folio Classique - 505p

Les Liaisons dangereuses

# Résumé #

Au jeu du libertinage, le vicomte de Valmont et la marquise de Merteuil sont passés maître et c'est à celui ou celle qui comptabilisera le plus de succès galants. Surtout, pas de scrupules ni de sentiments, seule la jouissance compte dans cette compétition amicale et néanmoins acharnée où les points se comptent au travers des lettres que les deux libertins s'échangent. Les conquêtes se succèdent jusqu'à ce que Valmont décide de séduire Madame de Tourvel, un modèle de vertu, une intouchable, une proie de choix. Valmont saura-t-il déjouer les pièges de l'amour et sortir vainqueur de cette lutte dont l'enjeu orgueilleux réside dans la maîtrise de soi, la victoire sur la passion et la jouissance ?

# Mon Avis #

Un sublime roman que je n'oublierai pas de sitôt...

Le style est grandiose, une merveille littéraire. L'auteur arrive à changer de ton en fonction de l'épistolier, à donner une voix, un style à chaque personnage. Le tout sans oublier de mettre quelques touches d'humour...

De plus, l'intrigue est pleine de suspense et m'a vraiment tenue en haleine, ce à quoi je ne m'attendais pas... Vraiment, je ne pensais pas qu'un roman épistolaire puisse me passionner. J'avoue avoir lu quelques passages en diagonale, lors des lettres enflammées qu'écrit Valmont à sa "céleste" Mme de Tourvel...hormi cela, j'ai relevé très peu de longeur, ce récit se dévore, que dis-je, se savoure, de la première à la dernière lettres [dans tous les sens du terme].

Quant aux personnages... Ah, les personnages! Soit détestables, soit méprisables, soit émouvants... qu'importe leurs caractères, ils sont tous divinement bien plantés.

Au final, un bonheur de lecture. J'ai vraiment adoré.

Posté par Morwenna06 à 13:50 - Romans français XIXème et antérieur - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

samedi 5 mai 2007

Fantastiques descriptions

La Peau de chagrin, d'Honoré de Balzac (1831)
370p environ

# Résumé #

Raphaël de Valentin, un jeune marquis ruiné et amoureux éconduit, aspire à la mort.
Comptant se suicider pendant la nuit, il penetre dans une boutique mystérieuse, où il passe le temps en attendant le soir. Le proprietaire, un étrange antiquaire, lui céde alors une peau de chagrin. Un singulier objet qui réalisera tous ses voeux, mais dont la surface se réduira à chaque souhait exaucé...et avec elle, son espérance de vie...
Quel sera l'avenir de Raphaël ?


# Mon avis #

Un assez bon roman, mélant peinture de société, fantastique et suspense.
Les descriptions sont [bien sûr] interminables, mais pas [toujours] pénibles. Les personnages sont approfondis, tourmentés. J'avoue ne pas m'être vraiment attachée au héros, j'avais parfois envie de le secouer 

En fait, ce livre est surtout un bon support de réflexion, à lire non pas comme un roman léger, mais plutôt en le savourant, afin de pouvoir en apprécier le message.

Au final, même si je n'ai pas été totalement conquise [ trop de description tue la description ^^ ], j'ai assez apprécié ce roman "fantastico-réaliste".

Posté par Morwenna06 à 13:07 - Romans français XIXème et antérieur - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Démesurément hugolien

L'Homme qui Rit de Victor Hugo 11
Edition Folio Classique - 800p

L'Homme qui rit

# Résumé # (d'après even.fr)

Gwynplaine est un enfant à l'image du bossu, de ces êtres mi-hommes, mi-monstres pour lesquels Hugo a tant de tendresse. Une cicatrice vient assombrir un sourire que son amie Dea, aveugle, ne peut pas juger. Avec Ursus, qui les a recueillis, ils se donnent en spectacle, mimant le ridicule avec tout le talent hugolien. Jusqu'au jour où leur aventure les mène à Londres...

# Mon Avis #

Je viens de dévorer ce pavé de 800 et quelques pages...et j'en ressors époustoufflée. C'est magnifique! grandiose!

Hugo nous donne la un roman tantôt épique, tantôt purement romantique, tantôt satire sociale.. Du suspense, de l'aventure, de la réflexion, des émotions... Les personnages sont atypiques, profonds, et ne laissent pas indifférents. Cela peut parfois paraître caricatural, mais pourtant, cela sonne tellement vrai, encore aujourd'hui.

Le style, ah, le style... magnifique! Prose enflammée, parfois mordante, ironique, parfois tendre, toujours majestueuse. Une richesse incomparable du lexique, des descriptions longues mais splendides.

Hugo critique, Hugo émeut, Hugo subjugue. Parfois, je me suis dit "stop", "c'est trop", "je saute ce passage". Impossible. Les mots m'ont attrapé, scotché. Toute une gamme d'émotions passe lors de cette lecture, horreur et attendrissement, tristesse et rire.

Je sais, cette critique est dithyrambique....mais qu'attendre d'autre après la lecture de ce roman démesuré, baroque, truffé de morceaux d'anthologie?

Quelle bonheur d'être francophone et de pouvoir savourer pleinement une telle oeuvre...

Posté par Morwenna06 à 13:05 - Romans français XIXème et antérieur - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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