jeudi 6 septembre 2007
"Il n'y a pas d'amour heureux"
Il me reste encore un bon nombre de lectures estivales non chroniquées, mais je ne peux résister au plaisir de partager avec vous l'un de mes derniers coups de coeur...
Aurélien de Louis Aragon
Folio - 640p
Dans cette chronique parisienne de l'entre-deux guerres, Aragon décrit la toute nouvelle société surréaliste. Aurélien, jeune homme sensible et oisif, fréquente les salons parisiens d'avant-garde, y côtoie les poètes, les actrices, les peintres qui ne sont autres que Picabia ou Cocteau. Au sein de ce microcosme insouciant et sans entraves, un amour irrésistible mais inavoué naît entre Aurélien et Bérénice, une jeune provinciale venue à Paris pour quelques jours. Malgré la séparation, leur passion ne se démentira pas malgré le temps et la distance qui les auront transformés tous deux. Dans ce roman, c'est Aragon poète que l'on retrouve, "le fou d'Elsa" laissant sa plume courir au gré d'un lyrisme profond et sobre inspiré par l'amour (voir Les Yeux d'Elsa). Il a d'ailleurs bien volontiers reconnu la présence d'éléments autobiographiques dans son oeuvre, lui qui pourtant avouait : "L'art du roman, c'est de savoir mentir." Quel plus noble et plus délicieux mensonge que ce roman d'amour ? [Amazon.fr]
Waouh!
Je suis ressortie de cette lecture totalement bouleversée, avec comme un vide, un creux au ventre. Une rage. Quelle idée d'écrire de tels romans... Bon sang! Cela devrait être interdit....
...et pourtant! je ne regrette absolument pas cette lecture, malgré le spleen qui m'a envahie ensuite, une fois la dernière ligne savourée. C'est l'histoire d'un amour, l'histoire d'un échec, presque un cri d'amertume. Un récit profondément ancré dans son époque, l'antre deux-guerre. On pénétre au coeur d'une société blasée, déboussolée par 4 années de guerre. Une société meurtrie qui s'étourdit, qui vit de plaisir superficiels, illusoirs. Au milieu de cet univers décadent, il y a Aurélien et Bérénice.
Lui, c'est un beau jeune homme, grand séducteur, qui accumule les conquêtes et les aventures. C'est aussi un homme brisé par la guerre, qui s'efforce d'oublier sans y parvenir.
Elle, c'est une jeune provinciale, mariée à un pharmacien, qui vient passer quelques jours à Paris. Malgré son existance sans histoire, Bérénice est habitée par un "goût de l'absolu".
Barbentane, ami de l'un et beau-frère de l'autre va les présenter lors d'une soirée. Une rencontre qui n'est pas du tout le fruit du hasard. C'est en vérité un jeu diverstissant, organisée par leurs "amis", qui tentent de faire démarer une relation intime entre nos deux protagonistes. Peine perdu : Aurélien n'est absolument pas séduit par cette jeune femme un peu coincée :" La première fois qu' Aurélien vit Bérénice, il la trouva franchement laide. Elle lui déplût enfin." (incipit du roman).
Seulement voilà...Cette sois-disant répulsion de tarde pas à se changer en fascination. Lors d'une autre soirée, à un "dancing", Aurélien redécouvre Bérénice. Une Bérénice nouvelle, mystérieuse et envoûtante. Il lui prend la main, l'invite à danser...
... et cela marque le début d'une longue passion. L'amour réunit ces deux êtres un peu paumés, un amour absolu, très pur. Ils se retrouvent loin des mondanités, dans les coins populaires de Paris, unis seulement par les mots: Bérénice se dérobe, refuse de se donner complétement.
Cependant les circonstances séparent le couple. Ils vont s'aimer encore pendant vingt ans, sans jamais se revoir, jusqu'en 1940. Une rencontre tellement attendue, espérée, tant par les héros que par le lecteur...
Je ne vous en dis pas plus, je vous laisse le plaisir de la découverte. J'avoue, j'ai eu un peu de mal à m'habituer au style d'Aragon. Néanmoins, les premières pages passées, l'alchimie s'est réalisée, et j'ai vraiment apprécié ce style moderne, haché et fluide à la fois, poétique et cruel. L'histoire m'a emportée, j'ai souffert avec les personnages. Ce roman, pour moi, évoque incontestablement Balzac ou Zola, de part son côté pessimiste...avec un style d'écriture totalement différent, par contre.
Bref, j'ai adoré ce récit, l'un de ceux que l'on quitte vidé d'énergie, encore plein d'émotion.
dimanche 13 mai 2007
Il était une fois...
Le Maudit (Histoires de Systèle, 8) de Myrielle Marc ![]()
XO Editions - 215p
# 4ème de couverture #
Une histoire d'amitié exceptionnelle, qui aborde les thèmes intemporels de la rencontre du Bien et du Mal, de l'exercice de la justice, de l'inévitable affrontement entre le devoir et la compassion.
Une île du Nord, lointaine, peut-être imaginaire. Un très jeune homme au visage d'ange et au regard glacé est amené au château de Louvars pour y être emprisonné à vie. Parce qu'il a tué son père, il est condamné à subir la torture d'un effroyable bracelet qui broie de douleur celui qui le porte. On l'appelle le Maudit. Il n'a que dix-neuf ans. Témoin quotidien du courage, des silences, de la souffrance du Maudit, le seigneur Emmanuel de Louvars s'intéresse à lui. Un sentiment fraternel semble naître entre les deux hommes. Bientôt, un doute et des questions s'installent. Le Maudit a-t-il vraiment mérité cela ? Le Bien est-il toujours le Bien quand il châtie le Mal ? C'est à 17 ans que Myrielle Marc a écrit ce texte dont elle dit aujourd'hui: " Maintenant " je comprends que je parais au plus pressé me recréer un père et une loi. " Quarante ans après, Myrielle Marc a enfin décidé de publier ce texte. Une merveille littéraire.
# Mon Avis #
Un petit bijou.
Je connaissais cette auteure grâce à son roman Orfenor, que j'avais beaucoup apprécié. Quand j'ai vu ce roman, je n'ai pas hésité, surtout que le titre et la couverture étaient intriguants...
...Je ne regrette pas cette impulsion. Ce roman est magnifique, captivant, inoubliable. L'histoire pourrait paraître fade, conte moyen-âgeux sans réelle nouveauté. Et bien non. C'est le style de livre que l'on ne lâche plus avant la fin, le style de livre qui nous accroche dès les premiers mots, le style de livre dont on dévore chaque phrase avec passion.
Sous ses apparences légères, Le Maudit se révèle profond. Les personnages sont extremement attachants, malgré leur défauts.Quant au style, il est très beau, ciselé, prenant.
Ce livre fut un fabuleux voyage, une ode à l'amitié, empreint d'un parfum de légende d'antan. Un roman que l'on savoure comme l'on savourerait un gâteau de sa grand'mère...
Intrigue dans le Cher
La Fille de la pierre de Bernard Simonay
Presse de la cité - 430p

# Résumé #
Au XIXe siècle, la Prusse envahit la France, semant le désarroi et le chaos. Pierre Ménétrier est l'un d'es nombreux exploitant de caves perrière de la vallée du Cher. Sa réussite, sa culture, son indépendance d'esprit, son mariage heureux avec Juliette, l'une des plus belles filles de la région, suscitent une jalousie parfois incompréhensible, y compris dans sa propre famille. Sylvine, dix ans, qui voue une admiration sans bornes à son père, aimerait en connaître les raisons profondes. C'est à travers les yeux de la fillette que l'on découvre l'univers étonnant et singulier de la pierre, niché dans des caves ténébreuses, incrustées parfois d'étranges coquillages. Un monde minéral fascinant qui sied bien à la nature solitaire et secrète de la petite fille. Or, un jour de 1875, Pierre est retrouvé mort écrasé dans les caves perrières. L'enquête conclut à un accident. Sylvine est persuadé qu'il s'agit d'un assassinant. Mais qui l'écouterait ? Dix ans plus tard, Sylvine revient à Bourré, prend une nouvelle identité et comprend que ses intuitions étaient fondées. Sa quête mène la jeune femme bien plus loin qu'elle ne l'imaginait...
# Mon Avis #
Un bon Simonay.
Comme d'habitude avec cet auteur, un programme sympathique:
héroïne déterminée, aventure, retournement de situations, amour, amitié, et au passage nombreuses informations historiques et culturelle.
En plus, le cadre de ce récit m'a tout particulèrement touchée, le Cher étant la région de mon enfance [ mes grands parents vivaient en Sologne].
Bref un bon roman alliant suspense et érudition.
--> Le site de l'auteur.
dimanche 6 mai 2007
Un parfum de Provence
Les Gens de Mogador de Elisabeth Barbier
# Présentation #
Les gens de Mogador relate sur plusieurs générations la vie d’une famille liée au domaine -imaginaire- de Mogador près d’Avignon. Se déroulant entre le Second Empire et la Seconde Guerre mondiale, cette saga est émaillée des conséquences des guerres, des jalousies et des amours contrariées
. 
Ecrite entre 1952 et 1961 par Elisabeth Barbier( Nîmes, 1911- Avignon, 1996), cette saga est composée de 3 tomes:
1- Julia
2- Ludivine
3- Dominique
On suit donc respectivement la grand-mère, la belle-fille et la petite fille, jusqu'en 1943....et à travers leurs yeux on (re)découvre l'Histoire, la Provence, mais également le quotidien et la mentalité de l'époque.
On traverse ainsi le XIXème siècle, puis la Belle-Epoque, suivie la Première Guerre. Ensuite viennent les Années Folles, fauchées par la crise de 1929, et la Seconde Guerre Mondiale...et enfin, Vichy.
L'évolution des moeurs, des tenues vestimentaires/transports...Bref, l'évolution d'un quotidien, tout ceci nous est transmis en filigrame, avec en premier plan l'histoire mouvementée de ses 3 femmes, leurs amours, leurs peines, leurs joies....et celles de la nombreuse famille qui gravite autour de la propriété familiale de Mogador.
A noter qu'un téléfilm a été réalisé en 1972 par Robert Mazoyer. je ne l'ai pas vu mais a prioris il ferait pâle figure à côté du roman.
# Mon Avis #
Mon résumé ne me semble pas très neutre, vous aurez sûrement compris que j'ai adoré cette saga.
L'auteur a un style bien a elle, mélant temps présent et passé, une écriture fluide et profondement déchirante. Un parfum étonnant, entêtant, enivrant, se dégage de ces quelques 2400 pages....
Les personnages sont vivants et j'ai souris, espéré, pleuré [oui oui pleuré!] avec eux... J'ai été touchée, remuée, et une fois la dernière page tournée je me suis dis: "Déjà...." et suis restée quelques temps silencieuse, les yeux fermés, encore plongée dans l'ambiance si particulière qui emmane de ces livres.
Bien sûr l'amour est fortement présent....mais ce n'est pas un roman à l'eau de rose, que l'on oublie au bout de 2 jours. Non ce sont des histoires, des vies,simplement réalistes, parfois tellement tristes, mais aussi tellement humaines.
Pour ne rien gacher, on découvre avec plaisir ces époques un peu oubliées au profit du Moyen-Age bien souvent choisi pour les grandes sagas. On est immergé dans cette période de profonds bouleversements où l'apparition des crinolines laissera bientôt place aux cheveux courts, les chevaux s'effaceront devant les premieres automobiles...
Sans oublier l'odeur de garrigue, la saveur des figues et des abricots, la musiques des fêtes & des bals....... l'amour de la Provence!
Cet amour total pour la terre provençale est imprégné à chaque page et nimbe le roman d'une douce lumière, d'une senteur de lavande et de couleurs chatoyantes.
Néanmoins, seul petit bémol, mais ne relevant que de mon goût personnel, j'ai trouvé le Tome 2 légerement en dessous des 2 autres. Le personnage de Ludivine m'a moins attiré, moins émue....Cela serait sûrement different chez une autre personne!
En bref, un livre à lire et à relire, un formidable moment de lecture.....
samedi 5 mai 2007
symphonie tragique
La Symphonie pastorale d'André Gide
149 pages

# Résumé # (d'après even.fr)
Un pasteur marié d'un petit pays du Jura tient un journal. Il recueille chez lui la jeune Gertrude, aveugle de naissance. Pendant plusieurs années, le pasteur fait au mieux pour élever cette pauvre jeune fille. Jusqu'au jour où il comprend qu'il est amoureux d'elle. Jacques, son fils, a deviné les sentiments de son père à l'égard de Gertrude. Le problème : il est lui-même amoureux de la jeune fille. Un roman d'amour et de raison.
# Mon Avis #
Je l'ai trouvé magnifique. Le style est épuré, ciselé, on sent que chaque mot esi choisis avec soin, agencé, mis en valeur. Les phrases coulent, c'est très fluide, délicat. Printannier dirais-je.
L'histoire est quant à elle bouleversante, pleine d'émotion, de sensiblité, d'introspection.
Il se dégage de ce petit roman un charme surrané, une impression de clarté.
Un moment de lecture très agréable, que l'on quitte sans totalement en ressortir, telle une petite musique qui résonne toujours dans un coin de la tête...


