En attendant ma prochaine critique, je vous livre une petite légende scandinave, question de rester dans le thème de mes précédantes lectures...

J'espère qu'elle vous plaira ;-)

Carl Larsson (1856-1919) - peintre suèdois

 

 

Les Arbres condamnés

Au temps jadis, si l'on en croit les anciens bardes, les arbres restaient toujours verts, conservant leurs feuilles au cœur du plus rude hiver. Plante ou animal, tout être vivant possédait alors une âme et son caractère propre. Les arbres eux-même n'échappaient pas au code moral. Ils étaient tenus de faire preuve de bonté envers les autres créatures, et pouvaient être punis pour un geste cruel.

C'est ce qui advint, à la fin d'un mois de septembre, il y a bien longtemps. Les grives s'étaient rassemblées pour leur migration hivernale. À l'aube, elles s'envolèrent pour leur rude voyage, au-dessus des eaux de la Méditerranée et des sables arides du Sahara, vers les terres chaudes de l'Afrique. Mais l'une d'elles, souffrant d'une aile blessée, ne put prendre son essor et resta sur place.

Bien mal en point, elle sautillait et voletait d'arbre en arbre, à la recherche d'un abri pour se protéger du froid. Un bouleau, qui dansait avec le vent, ne prêta nulle attention à sa détresse à l'instar du saule pleureur, penché sur l'eau, cultivant quelques profond et secret chagrin. Et, tourné vers le ciel, l'orgueilleux chêne ne daigna pas même remarquer l'oiseau posé à son pied.

Épuisé, celui-ci s'approcha d'un épicéa, le plus grand arbre de la forêt. L'arbre l'entourant de ses épaisses aiguilles, l'accueillit charitablement. Un pin, tout proche, étala ses branches pour mieux le protéger. Un genévrier lui offrit une profusion de baies pour sa pitance, en attendant des jours meilleurs.

Leur manque d'hospitalité devait être fatal au bouleau, au saule et au chêne. Le vent hurlant, peu après les premières gelées, les dénuda, réduisant leurs rêves à néant.

À jamais vulnérable aux rigueurs de l'hiver, réduits à l'état de squelette, ils doivent désormais affronter la neige en grelottant, tandis que l'épicéa, le pin et le genévrier conserve leur feuillage éternellement