mardi 22 septembre 2009
Goodbye France !
Morwenna a fait ses valises...
J'ai plié bagage et fait voile vers le pays de Jane Austen pour un an. Pays de la tentation où de sublimes éditions de mes romans favoris me guettent sur les rayonnages, où les adaptations des oeuvres d'Austen ou des Brontë par la BBC m'appellent...
Si le coeur vous en dit, je livre quelques notes sur cette nouvelle vie "oxfordienne" ici :
http://morwennainengland.blogspot.com/
Bises à tous et à toutes, et, comme toujours : bonnes lectures ! =)
EDIT: Désormais, vous pouvez également me retrouver ici: http://boudoirdemorwenna.blogspot.com/
Bonne balade :-)
lundi 28 avril 2008
Pluie.
Bonsoir ! Aujourd'hui, je vous propose un petit poème adapté à la météo ;-)

Gustave Caillebotte - La Place de l'Europe, temps de pluie
[cliquer sur l'image pour la voir en plus grande]
Il pleut doucement sur la ville.
ARTHUR RIMBAUD
Il pleure dans mon cœur
Comme il pleut sur la ville,
Quelle est cette langueur
Qui pénètre mon cœur ?
Ô bruit doux de la pluie
Par terre et sur les toits !
Pour un cœur qui s'ennuie
Ô le chant de la pluie !
Il pleure sans raison
Dans ce cœur qui s'écœure.
Quoi ! nulle trahison ?
Ce deuil est sans raison.
C'est bien la pire peine
De ne savoir pourquoi,
Sans amour et sans haine,
Mon cœur a tant de peine !
Paul Verlaine, Romances sans paroles
(ARIETTES OUBLIÉES — III)
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Fond musical :
Quelque chose d'un peu plus contemporain, pour une fois : Yann Tiersen - Sur un fil
jeudi 3 avril 2008
Avril.
Un petit poème de circonstances. Ce n'est pas la plus connue des oeuvres de Nerval, mais je lui trouve un certain charme, elle dégage une atmosphère alliant fraîcheur printanière et douce mélancolie.

"A Song of springtime" - Waterhouse
"Avril"
Déjà les beaux jours, — la poussière,
Un ciel d’azur et de lumière,
Les murs enflammés, les longs soirs ; —
Et rien de vert : — à peine encore
Un reflet rougeâtre décore
Les grands arbres aux rameaux noirs !
Ce beau temps me pèse et m’ennuie.
— Ce n’est qu’après des jours de pluie
Que doit surgir, en un tableau,
Le printemps verdissant et rose,
Comme une nymphe fraîche éclose
Qui, souriante, sort de l’eau.
Gérard de Nerval, in Odelettes
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Fond musical : le 2ème mouvement du célébre "Printemps" de Vivaldi - plus lent, moins connu, je préfère aux 1er et 3ème mouvements (et il est plus en accord avec le poème ^^)
dimanche 24 février 2008
"A withered leaf on autumn's blast / A scattered wreck on ocean's tide" *
Une promesse est une promesse !
Voici (enfin) une nouvelle critique sur ce blog, qui commençait à prendre la poussière, je dois bien le reconnaître. D'ailleurs, merci à ceux et celles qui continuait malgré tout de guetter un nouveau billet ; sans vous je crois que j'aurais mis la clef sous la porte ;-)
Bon, je blablate, je blablate, mais ça ne fait pas avancer la critique tout ça. Je vous avoue que je ne savais pas quel livre choisir, parmi tout ceux que je n'ai pas critiqués - sans rire, je dois en avoir une bonne centaine en retard :-S
Finalement, j'ai opté pour un, euh, disons "récit de vie", qui allie un auteur que j'adore à la vie d'une famille que je n'adore pas moins...
Le Monde infernal de Branwel Brontë, de Daphné du Maurier
Editions Phébus Libretto - 300p
Le secret des sœurs Brontë ? Leur frère Branwell. La clé de leur précocité inouïe, de leur imaginaire étrangement porté vers toutes les fièvres ? Branwell encore. Leur lien ? L'amour jaloux quelles ne cesseront de vouer à ce frère maudit mais préféré à elles, qui leur avait insufflé son génie et qui, parvenu à l'âge adulte et avant depuis belle lurette brûlé toutes ses cartouches, n'eut plus que la force de se détruire (le beau et inoubliable Heathcliff des Hauts de Hurlevent, c'est lui). Branwell est le prince des Brontë. Déchu, car ses sœurs, elles, peuvent mettre en œuvre leur talent quand lui peine à créer. Il est le grand sacrifié des Brontë, la part d'ombre de cette famille. L'ouvrage de Daphné Du Maurier (1960) est à la fois une étude formidablement documentée et le plus troublant des romans vrais. (4ème de couverture)
Un résumé attirant n'est-ce pas ? Une admiratrice des Brontë et de Du Maurier telle que moi ne pouvait résister à cet opus.
Je ne vous cache pas que c'est un livre assez dense, qui se lit doucement, sans précipitation. L'analyse de ce génie est fouillée, et à la hauteur de la complexité du personnage ; à tel point qu'il faut parfois poser le livre, et s'arrêter un instant pour réfléchir. J'ai plusieurs fois mis un terme à ma lecture pour "faire le point", et tenter de bien saisir ce caractère peu ordinaire.
En effet, c'est un homme fascinant que nous présente là Daphné Du Maurier. Un "prince déchu", au talent prometteur mais qui brûla comme un feu de paille. Une sensibilité exacerbée, alliée a un fort sentiment d'infériorité l'ont poussé au désespoir le plus noir. Débordant de talent dans sa jeunesse, il n'a jamais su aller jusqu'au bout de ses oeuvres ; mais ce fils adulé, ce frère adoré ne pouvait pas échouer. Ses échecs répétés, son épilépsie, sa dépression, tout cela était inadmissibles pour sa famille, et représentait autant de déceptions - quel tristesse ! lui, l'enfant prodige, dans lequel on avait placé tant d'espérances, incapable de gagner sa vie ! Lui, "névrosé" ! Face à cette réprobation grandissante, à ses échecs blessant son égo, le jeune Branwell se réfugia dans l'alcool, le laudanum... et surtout, surtout, son monde imaginaire.
Car Branwell avait un secret, connu seulement par ses soeurs, et surtout Charlotte - sa confidente, son alter-ego. Avec elle, il inventa un véritable univers, microcosme complexe, obéissant à ses propres régles ; ils créérent un monde et son Histoire, ses héros, son journal local, même. Enfants, puis adolescents, les deux Brontë ne cessèrent de jouer, de se plonger dans cet univers, se confondant avec leur personnages (tout comme Anne et Emily s'immergèrent dans le leur, avec parfois des fusions entre les univers de ces deux binômes). Seulement, ce qui fit la force de Charlotte, et de ses soeurs, c'est leur capacité à grandir, et à s'extraire - plus ou moins - de ce monde envoûtant. Elles réussirent à faire la différence entre monde imaginaire et monde réeln et se nourrirent de cet univers merveilleux dans leurs oeuvres.
Branwell, lui, échoua. Dans ce livre, on assiste à sa lente plongée dans son monde infernal. C'était sa façon de fuir ses chagrins, sa peur de la mort, ses échec. De fuir l'incompréhension et la honte. Un dégringolade qui détruisit petit à petit tout son talent, et marqua profondément ses soeurs.
C'est donc à une étude fine et sensible que nous convie D.Du Maurier, qui nous permet d'avoir un éclairage intéressant sur les oeuvres des soeurs Brontë. A noter : cet ouvrage est agrémenté d'extraits de lettres, de témoignages, et surtout de nombreux textes et poèmes (en version anglaise & française), de Branwell bien sûr, mais également d'Emily - ce que j'ai beaucoup apprécié.
Je recommande ce bel ouvrage à tous ceux qui apprécient la famille Brontë et souhaitent en savoir plus sur la génèse de leurs chefs-d'oeuvre... et qui n'ont pas peur de lire quelque chose d'un peu sombre, l'ami Branwell n'étant pas ce qu'on peut appeler un gai-luron ;-)
Pour preuve, un poème de Branwell, version révisée d'un texte écrit en 1837 :
Peaceful death and happy life
Why dost thou sorrow for the happy dead
For if their life be lost, their toils are o'er
And woe and want shall trouble them no more,
No ever slept they in an earthly bed
So sound as now they sleep while deamless, laid
In the dark chambers of thaht unknown shore
Where Night and Silence seal each guarded door :
So turn from such as these thy drooping head
And mourn the dead alive - whose spirit flies -
Whose life departs before his death has come...
Who find no Heaven beyond Life's gloomy skies,
Who see no Hope to brighten up that gloom ;
Tis HE who feels the worm that never dies...
The REAL death and darkness of the tomb.
Northangerland.
(pseudonyme de B.Brontë)
Traduction de Jane Fillon :
Paix dans la mort et joie dans la vie
Heureux sont les morts, ne les plains pas,
Car si leur vie est achevées, leur tpache l'est aussi,
Et désirs et douleurs ne les tourmentent plus ;
Jamais, sur leur couche terrestre, ils ne connurent
Ce profond sommeil sans rêve qu'est le leur ;
Dans les tombeux creusés sur la rive inconnue
Dont les Ténèbres et le Silence scellent les portes :
Détourne d'eux ta tête penchée
Et plains le mort vivant - dont l'âme s'est enfuie -
Déserté par la vie, dédaigné par la mort,
Lui pour qui le Ciel est vide au-delà des nuées,
Lui que jamais n'illumine unde lueur d'Espoir,
LUI, la proie de ce vers qui le ronge...
De la mort INEXORABLE, des ténèvres de la tombe.
Northangerland.
* "A withered leaf on autumn's blast, / A scattered wreck on ocean's tide" :
Feuille d'automne emportée par le vent, / Epave ballottée par l'océan
(Branwell Brontë, le 13 Janvier 1837 - traduction de Jane Fillion)




